Trois questions à… Dominique Boullier, Coordonnateur scientifique du médialab de Sciences Po.
Moins d’un an après la sortie de votre ouvrage écrit en collaboration avec Audrey Lohard « Opinion mining et sentiment analysis – méthodes et outils », où en sommes-nous ?
Chaque année ou presque, on assiste à un phénomène d’emballement : Second life, Facebook, Twitter, etc. Concernant la fouille de l’opinion, on sort d’une époque de « hype » (à la mode, ndlr) qui a duré 2 ans : tous les professionnels du marketing, de la veille et d’autres domaines voulaient proposer une prestation de ce type à leurs clients. Quitte à prendre n’importe quelle solution disponible sur le marché.
D’aucuns ont laissé croire aux clients qu’on allait pouvoir tout automatiser, avoir une vision globale de l’e-réputation de leur(s) marque(s), avec des données interprétées sur-le-champ, etc. Et même sortir du chapeau des pistes d’actions stratégiques ! Déçus, certains n’en font plus, pensant que tout cela ne vaut rien, en définitive.
Pourquoi ce retour de balancier ?
Il y a une telle habitude au stress, une urgence à trouver des réponses immédiates à une situation donnée que les gens ne pensent plus stratégiquement ! Donc ils essaient des choses en espérant la solution miracle… En vérité, ce genre de logiciels – servant à "fouiller" le web, détecter des opinions et analyser leurs tonalités – doit être utilisé avec précaution. D’emblée, il faut dire la vérité au client : il est illusoire d’en attendre tout. Mais, on va sans doute pouvoir identifier 5 ou 6 idées utiles stratégiquement. Ce qui n’est déjà pas si mal ! Or, même prévenu, le client est déçu. D’où la phase actuelle de désillusion…
Comment faire pour revenir à une vision plus réaliste ?
Il faut proportionner les attentes du client, définir les pré-requis et investir dans l’expertise humaine. En fait, avant de construire des requêtes amorçant l’analyse des tonalités d’opinions, on est obligé de se poser les bonnes questions : par exemple, de quoi est fait tel problème bancaire ? Si on n’est pas du secteur de la banque, on ne peut répondre à cette question. Il faut donc travailler de concert avec les experts du domaine pour construire les attributs d’un problème, à partir desquels on va pouvoir lancer des requêtes via un logiciel.
Or, les clients ne sont pas toujours dans cet état d’esprit. Leur posture consiste à demander des réponses beaucoup trop élaborées, par ailleurs sans consacrer d’expertise humaine en amont de la fouille du web, pendant le processus de recueil des données et ensuite pour analyser les informations recueillies. Ce qui est une erreur…

Le groupe de travail « Intelligence Economique et Economie de la Connaissance » du
Digimind a publié récemment son "




En une dizaine d’années, le paysage associatif français a vu naître deci delà des organisations privées, réunissant des experts en vue de faire émerger de nouvelles idées. Venus tout droit des Etats-Unis, où ce type d’organisation prolifère depuis la seconde Guerre Mondiale, les think tanks (littéralement "Réservoirs d’idées") sont aujourd’hui environ 160 en France (190 en Allemagne, 300 au Royaume-Uni, 1500 aux Etats-Unis).
Les grandes ruptures technologiques suscitent toujours des méfiances, des craintes, des peurs voire des rejets. En tout cas au moment de leur apparition. Il en va de même avec Internet et les réseaux sociaux. Aussi, prendre un peu de hauteur ne nuit pas à la compréhension des phénomènes à l’œuvre. Voilà le mérite du dossier réalisé par Dominique Cardon, sociologue au Laboratoire des usages d’Orange Labs et chercheur associé au Centre d’études des mouvements sociaux (EHESS). Publié par la Documentation française, « Internet et réseaux sociaux » (sorti en mai 2011) est un ouvrage à lire pour comprendre la diversité des usages et des enjeux engendrés par les réseaux sociaux de l’Internet. Nouveaux lieux de sociabilités, d’identités et d’échanges, ces réseaux numériques supplantent les frontières entre les informations médiatiques et les conversations ordinaires, la vie privée et la vie publique, le réel d’un côté et le virtuel de l’autre… Du coup, ils alimentent les critiques négatives : calculs dans les relations sociales des individus (comme s’ils n’existaient pas avant !), production de contenus médiocres par les internautes (comme si seuls des « professionnels » pouvaient produire de la qualité !)… D’autres critiques, plus positives, pointent du doigt un rééquilibrage du pouvoir en faveur des individus face aux médias d’information traditionnels et des politiques. Comme le souligne l’auteur, ce dossier s’attache à rendre compte des différentes interrogations sociologiques, juridiques et économiques soulevées par le succès massif des réseaux sociaux de l’Internet. Ajoutons que ce dossier permet de mieux appréhender la culture Internet et ses opportunités en matière de recherche d’information et de veille. Un dossier passionnant pour bien commencer l’année 2012. Meilleurs vœux à toutes et tous !