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“Opinions en ligne” : le débat est ouvert

Dans Entreprises, Les mots de l'IE, Tendance, Veille le 6 avril 2012 à 07:43

Opinion mining et sentiment analysisAvec leur livre numérique “Opinion mining et Sentiment analysis – Méthodes et outils” (openedition press – mars 2012), Dominique Boullier et Audrey Lohard font le point (à fin 2011) sur les offres technologiques et commerciales concernant “la fouille de l’opinion”(1) et “l’analyse des tonalités”(2) des verbatims recueillis sur le web. Dans la logique du web 2.0 qui est au cœur de leur investigation, le médialab de Sciences Po et openedition press inaugurent aussi une nouvelle méthode de production de livres augmentés : en effet, chercheurs, marketeurs, informaticiens, professionnels des études, etc. peuvent contribuer à nourrir leur réflexion en contribuant à ce livre numérique.

Sur le fond, il soulève beaucoup de questions liées aussi bien au recueil qu’à l’analyse et à l’interprétation des verbatims recueillis sur le web. La liste serait trop longue tant l’ouvrage est dense et soutenu par de nombreuses références. Partant de l’historique et de l’état du marché – très convoité – de “la fouille de l’opinion” sur le web, les auteurs soulignent notamment la difficulté d’évaluer la pertinence des solutions avancées par les prestataires de services, les éditeurs d’outils logiciels ou les solutions en ligne pour l’analyse automatique. L’ouvrage fait aussi le point sur les controverses autour de l’analyse des tonalités des propos exprimés sur le web. Autrement dit, il résume les débats liés au traitement automatique des langues (TAL) face à la complexité du langage humain pour une machine. En outre, les auteurs expliquent clairement – et longuement – l’importance du choix et de la constitution de bouquets de sources, ainsi que la mesure de leur “influence” respective, pour constituer et traiter un “corpus” de travail. Concernant la “fouille de l’opinion” et l’analyse des tonalités (opinions positives, négatives, neutres), les auteurs assènent qu’on ne peut faire trop confiance à la machine pas plus qu’on ne peut trop se fier à l’humain, tant l’une et l’autre sont susceptibles de se tromper : “La controverse selon laquelle les ordinateurs ne pourront jamais aussi bien comprendre le langage que les humains, et ne fourniront donc jamais d’aussi bons résultats en matière de classification des sentiments que les analystes humains, sous-entend une évidence supposée partagée. Celle que tout humain confronté à l’expression d’un sentiment l’interprétera de la même manière qu’un autre humain. Pourtant, plusieurs études semblent remettre en cause cette évidence supposée.” (…) “Des annotateurs humains n’attribuent pas toujours la même polarité. Leur précision n’est pas de 100 %. Ils remarquent aussi que plus la polarité des mots est forte, plus les annotateurs seront d’accord entre eux et leur attribueront la même polarité“. Et de conclure : “C’est pourquoi les demandeurs de solutions d’analyse de sentiment doivent clairement choisir entre deux priorités : soit obtenir un résultat grossier très rapidement, pour un usage quasi immédiat en vue de social media monitoring, soit rechercher une plus grande fiabilité de la réponse en analyse de la tonalité qui sera nécessairement plus longue“. A méditer.

Informatique, linguistique, sciences politiques, sociologie, etc. la “fouille de l’opinion” et l’”analyse des tonalités” est à la croisée de nombreuses disciplines. Sans oublier le marketing, la communication, la veille, l’influence… Un sujet d’avenir à l’aube du web sémantique.

(1) Opinion mining – (2) Sentiment analysis

La D2IE en soutien à l’innovation

Dans Entreprises, Politique Publique le 26 mars 2012 à 12:42

Entre la sortie d’un libre blanc pour la recherche, et la signature de conventions avec l’INPI et l’AFNOR, le printemps est riche pour la Délégation interministérielle à l’intelligence économique (D2IE).

Sorti le 14 mars dernier, “le guide de l’intelligence économique pour la recherche” est destiné aux chercheurs publics (universités, écoles, organismes de recherche et fondations). Par la diffusion de bonnes pratiques, cet ouvrage compte, d’une part mieux valoriser l’innovation afin de réduire le fossé entre la sphère universitaire et la sphère industrielle ; d’autre part, contribuer à la protection de cette innovation contre le “captage”. En effet, le secteur de la recherche serait devenu – en 2011 – d’après Olivier Buquen, le responsable de la D2IE, le deuxième secteur pillé derrière l’aéronautique, alors qu’il ne serait jamais apparu dans le top 5 jusqu’à présent…

Dans sa préface, Laurent Wauquiez, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, écrit  : “La recherche publique est le principal vecteur de création de savoir et joue à ce titre un rôle primordial pour l’économie d’un pays” ; il rappelle en outre que ces dernières années, le gouvernement a consacré 22 milliards d’euros au travers du programme d’investissements d’avenir pour le renforcement de la productivité, l’innovation, l’accroissement de la compétitivité et l’emploi, lancé le 14 décembre 2009.

Une semaine après, le 20 mars, le Ministère de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique, signait trois conventions bilatérales entre la Délégation interministérielle à l’intelligence économique, l’Institut national de la propriété industrielle et le Groupe AFNOR afin de renforcer leur coopération en matière de la sensibilisation des entreprises et des établissements de recherche aux problématiques sur lesquelles elles interviennent.

Ces conventions sont définies autour de 3 axes :

  • l’accompagnement des entreprises – en particulièrement les PME – dans leur démarche d’innovation (protection et diffusion) ;
  • le développement d’actions de sensibilisation, de formation et d’outils pédagogiques communs ;
  • le renforcement de leur coopération en matière de prospective et de veille stratégique, au travers d’échanges d’informations plus systématiques.

Deux événements qui illustrent le renforcement de la politique d’intelligence économique, inscrit dans la circulaire du Premier ministre du 15 septembre 2011, et qui s’est déjà illustré par :

  • la définition et la mise en œuvre d’une politique d’intelligence économique dans les pôles de compétitivité ;
  • l’adoption en janvier 2012, par l’Assemblée nationale, d’un dispositif de protection du « secret des affaires » ;
  • le lancement, également en janvier 2012, d’un plan d’actions pour mieux défendre les intérêts français dans la « bataille des normes ».
Soulignons que la doctrine d’intelligence économique française, caractérisée par une forte implication du gouvernement, demeure un modèle original qui intéresse d’autres pays, et notamment la Chine

Sources : Les Echos et le communiqué de presse du 20/03/12 du Ministre chargé de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique

Terres rares : la menace chinoise

Dans Pays le 16 mars 2012 à 10:45

Si les pays de la “vieille Europe” ont pris tardivement conscience de la valeur stratégique de leurs terres agricoles suite à la convoitise de puissances étrangères, la Chine a su quant à elle évaluer les enjeux de ses “terres rares”. Pourtant, même si nous parlons de ressources naturelles, il ne s’agit pas des mêmes enjeux.

Les “terres rares” regroupent en fait 17 métaux difficiles à exploiter (le terbium, le lanthane, l’yttrium, l’europium, le néodyme, etc.), utilisés dans la fabrication de produits de haute technologie tels les aimants d’usage courant (présents dans les batteries, téléphone portables, ordinateurs, voitures hybrides, éoliennes, etc.). L’enjeu serait de bien moindre importance si l’équation se limitait à la difficulté d’exploitation et à leurs applications. Seulement, dès 1992, le Président Xiaping fût visionnaire en soutenant l’exploitation de ces gisements sans aucun souci du respect des normes de l’environnement. En vingt ans, la Chine est alors devenue le premier producteur devant les Etats-Unis avec 90% de la production mondiale. L’enjeu aujourd’hui est de taille : la Chine limite l’exportation de ces métaux dits “terres rares” depuis 2005 au travers de quotas. Entre 2005 et 2010, les exportations ont chuté de 60 000 tonnes à 30 000 tonnes, alors que la demande mondiale passait de 46 000 tonnes à 50 000 tonnes. Le prix de certains de ces métaux ayant même été multiplié par 1 000 sur la même période. Face à cette menace, une action a été lancée devant l’OMC par plusieurs pays industriels, dont les Etats-Unis, afin de critiquer le non-respect des règles de la libre-concurrence. La Chine, qui vient d’être condamnée par l’OMC suite au blocus d’autres métaux non-rares, met désormais en avant l’argument de la très forte pollution de l’exploitation de ces gisements (déchets radioactifs, acides très puissants, etc.) pour se défendre, espérant garder ainsi la main sur un marché dont elle détient 47% des gisements (les autres étant répartis partout dans le monde.); ce qui lui permettrait de renforcer sa position dans la production de produits à haute valeur ajoutée.

Les pays importateurs – qui pourraient être plus autonomes en la matière – devront encore être patients puisqu’il faudrait entre 5 à 10 ans pour faire les études permettant l’exploitation d’éventuels gisements. Une avancée stratégique de la part de la Chine qui reflète son rapport au temps et illustre la nécessité d’élaborer des stratégies à long terme, dans un monde où le court-termisme, voire l’immédiateté, l’emporte de plus en plus au dépens des équilibres géopolitiques.

Source : Libération

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